
Écrire un script pour une vidéo IA : la méthode en 15 temps adaptée aux formats courts
La plupart des gens ouvrent leur générateur vidéo et tapent une idée. Puis une autre. Puis encore une autre. Trois heures plus tard, ils ont 40 clips, aucun ne raccorde avec l'autre, et la vidéo finale ressemble à un rêve un peu fiévreux.
Le problème est simple : ils ont sauté le script.
En vidéo IA, le script est encore plus important qu'au cinéma. Chaque génération coûte du temps et des crédits. Un plan mal pensé, c'est de l'argent jeté. Un bon script, c'est une liste de courses : tu sais exactement quoi générer, dans quel ordre, et pourquoi.
Pourquoi écrire pour l'IA est différent
Un scénariste classique écrit pour des acteurs et une équipe qui vont interpréter son texte. Toi, tu écris pour un modèle qui va prendre chaque mot au pied de la lettre, sans mémoire d'un plan à l'autre.
Ça change quatre choses :
Un plan = une action. « Elle entre, pose son sac, ouvre le frigo et pleure » fait quatre actions. Le modèle en fera deux mal. Découpe.
Des plans courts. La plupart des modèles tiennent bien entre 3 et 10 secondes. Au-delà, ça dérive.
Tout doit être visible. Pas de « elle repense à son ex ». Écris ce qu'on voit : « elle regarde une photo, la retourne face contre la table ».
Le dialogue est compté. En français, on parle à environ 2,5 mots par seconde. Une réplique de 20 mots prend 8 secondes. Au-delà, le plan ne tient pas.
La structure en 15 temps
Cette structure vient du scénario de cinéma. Elle découpe une histoire en 15 moments clés qui reviennent dans presque tous les films qui fonctionnent. Voici chaque temps, avec ce qu'il devient dans une vidéo courte.
L'image d'ouverture : un instantané du personnage avant l'histoire. En vidéo courte, c'est ton accroche.
Le thème annoncé : quelqu'un dit, souvent sans le savoir, la leçon que le héros va apprendre. Une phrase suffit.
La mise en place : son monde, sa routine, ce qui cloche dans sa vie.
Le déclencheur : l'événement qui fait tout basculer. Un appel, une rencontre, une catastrophe.
L'hésitation : le personnage doute. Doit-il y aller ? Cette hésitation crée l'empathie.
Le passage à l'action : il décide. Il entre dans un nouveau monde, ou une nouvelle situation.
L'histoire secondaire : une relation (ami, amour, rival) qui portera le thème. Souvent supprimée en format court.
La promesse du concept : le moment « fun », celui pour lequel on a cliqué. Si ton concept est « une mamie hackeuse », c'est ici qu'elle pirate.
Le point milieu : une fausse victoire ou une fausse défaite. Les enjeux montent d'un coup.
Les ennuis se rapprochent : tout se complique, de l'extérieur comme de l'intérieur.
Tout est perdu : le pire moment. Le héros semble avoir échoué pour de bon.
Le moment le plus sombre : il encaisse. C'est là que le spectateur retient son souffle.
La révélation : il comprend quelque chose (souvent le thème du temps 2) et trouve la solution.
Le final : il applique ce qu'il a appris et affronte le problème.
L'image finale : le miroir de l'image d'ouverture. On mesure le chemin parcouru.
Le petit geste qui rend ton héros attachant
Dans les premières secondes, fais faire à ton personnage une action qui le rend sympathique : il aide quelqu'un, il est drôle, il subit une injustice. Ça n'a pas besoin d'être grand. Ramasser le doudou d'un enfant suffit.
Pourquoi ? Parce que le spectateur ne s'intéresse au désir d'un personnage que s'il a envie que celui-ci réussisse. Un héros antipathique dès la première seconde, et le pouce part.
Comment compresser 15 temps en 60, 30 ou 15 secondes
Tu ne vas pas caser 15 moments dans un reel. Tu vas fusionner les temps. Voici comment :
Format | Temps conservés | Répartition indicative |
|---|---|---|
60 secondes | Ouverture, mise en place, déclencheur, passage à l'action, promesse du concept, tout est perdu, révélation, final, image finale | 4 s · 6 s · 4 s · 4 s · 14 s · 8 s · 6 s · 10 s · 4 s |
30 secondes | Ouverture + mise en place, déclencheur, promesse du concept, tout est perdu, final + image finale | 4 s · 4 s · 10 s · 5 s · 7 s |
15 secondes | Ouverture (avec déclencheur), promesse du concept, retournement final | 3 s · 8 s · 4 s |
Ce qui ne disparaît jamais, même en 15 secondes : une accroche, une montée et un basculement final. Sans ces trois-là, tu n'as plus une histoire, tu as une démo.
Le format de script idéal pour l'IA
Oublie le format de scénario de cinéma. Pour la vidéo IA, utilise un tableau. Chaque ligne devient une génération.
N° | Temps | Durée | Plan et caméra | Action visible | Son et dialogue |
|---|---|---|---|---|---|
1 | Ouverture | 3 s | Gros plan, caméra fixe | … | … |
2 | Déclencheur | 4 s | Plan moyen, léger travelling avant | … | … |
Ce format a trois avantages : tu vois la durée totale d'un coup d'œil, tu repères les plans trop chargés, et tu peux transformer chaque ligne en prompt en deux minutes.
Exemple complet : un script de 60 secondes
Logline : Un livreur à vélo, toujours en retard, doit livrer une pizza en 10 minutes à l'autre bout de la ville, sinon il est viré. Le client est son ancien prof qui l'avait traité de bon à rien.
N° | Temps | Durée | Plan et caméra | Action visible | Son et dialogue |
|---|---|---|---|---|---|
1 | Ouverture | 4 s | Gros plan, fixe | Un réveil affiche 19 h 52. Une main l'éteint d'une tape. | Sonnerie coupée net |
2 | Mise en place | 3 s | Plan moyen | Léo, 22 ans, enfile un casque cabossé, arrache un post-it « DERNIER AVERTISSEMENT » collé dessus. | Bruit de cuisine de pizzeria |
3 | Geste attachant | 3 s | Plan moyen | Il donne une part de pizza à un SDF devant la porte. | « Gardez la monnaie… enfin, j'ai pas de monnaie. » |
4 | Déclencheur | 4 s | Insert | Le ticket de commande : « 20 h 05 MAX. M. Garnier, 47 rue Haute. » | Silence soudain |
5 | Hésitation | 3 s | Gros plan, avance lente | Le visage de Léo se fige. Il connaît ce nom. | Patron hors champ : « Tu y vas ou t'es viré ! » |
6 | Passage à l'action | 3 s | Plan large, caméra basse | Léo démarre en trombe, la pizza attachée de travers. | Pédales, klaxon |
7 | Promesse du concept | 14 s | Série de plans rapides, caméra à l'épaule | Il coupe par un marché, saute un trottoir, passe sous un camion, traverse un mariage. | Musique rythmée, cris |
8 | Tout est perdu | 5 s | Plan large | Pneu crevé. La pizza tombe dans le caniveau. | La musique s'arrête |
9 | Moment sombre | 3 s | Gros plan | Il s'assoit sur le trottoir, l'horloge d'une pharmacie indique 20 h 03. | Respiration |
10 | Révélation | 4 s | Plan moyen | Le SDF du début arrive, lui tend sa part de pizza intacte, encore emballée. | « Je l'avais pas encore mangée. » |
11 | Final | 8 s | Plan moyen puis contrechamp | Léo sonne. M. Garnier ouvre, regarde la part de pizza solitaire, puis Léo. Il le reconnaît. | « Toujours en retard, Léo ? » / « Non. 20 h 04. » |
12 | Image finale | 3 s | Plan large, fixe | Léo repart à pied en poussant son vélo, il sourit. Il a arraché un nouveau post-it : « PROMU ». | Une note de musique légère |
Total : 57 secondes, 12 générations, une histoire complète avec un arc, un enjeu et un retournement.
Les erreurs qui tuent un script IA
Trop de personnages. Chaque personnage est un défi de cohérence. En format court, deux personnages maximum.
Trop de décors. Chaque nouveau lieu multiplie les risques d'incohérence visuelle. Trois décors suffisent largement pour 60 secondes.
Des dialogues trop longs. Compte tes mots. Vise 2 à 2,5 mots par seconde maximum.
Une fin molle. Le dernier plan est celui dont on se souvient. Il doit répondre à la question posée dans la première image.
Pas de lien entre début et fin. L'image finale doit faire écho à l'image d'ouverture : même cadre, même lieu ou même objet, mais transformé.
De ton script au prompt
Une fois le tableau rempli, chaque ligne devient un prompt avec cette structure :
[Valeur de plan et mouvement de caméra] + [Personnage, avec sa référence] + [Action unique] + [Décor et détails] + [Lumière et ambiance] + [Dialogue entre guillemets, s'il y en a]
Exemple pour la ligne 9 : « Gros plan, caméra fixe. Léo, 22 ans, casque cabossé, assis sur un trottoir mouillé, le regard vide. Derrière lui, l'enseigne verte d'une pharmacie affiche 20:03. Nuit, lumière froide des lampadaires, légère pluie. Il souffle lentement. »
Ce que tu dois retenir
Un bon script, c'est 80 % du travail. Une fois qu'il est solide, la génération devient presque mécanique : tu sais quoi demander, et tu sais reconnaître immédiatement un plan raté. Sans script, tu passes ton temps à espérer qu'un clip magique sorte du lot.
À lire aussi : le guide complet du storytelling vidéo IA et comment garder un personnage cohérent en vidéo IA. Et pour aller plus vite avec une méthode complète, découvre la formation Antislop.
